Promenade dans le Montmartre du tissu — Paris face cachée

Montmartre, au XIXe siècle, se situait hors de Paris : un « mur fiscal » faisait que les denrées qui arrivaient à Paris étaient taxées. C’était alors un quartier très populaire avec des fermes, des moulins, des prés, des guinguettes, et des maisonnettes avec  jardin. Montmartre était aussi un quartier à plusieurs visages : le Montmartre artistique, celui religieux, et enfin celui de la mode — où nous allons nous promener, grâce à Paris Face Cachée.

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Commençons par le Montmartre religieux :  c’est sur ce site que des chrétiens auraient  été martyrisés et exécutés par les romains, sur ce qui s’appelait à l’époque le Mont de Mars, et où un sanctuaire à la divinité romaine s’élevait. Puis le nom aurait évolué en Mont des Martyrs, et finalement en Montmartre. Derrière la basilique du Sacré Cœur, construite en 1873, se cache un couloir qui amène les pèlerins depuis la sacristie directement dans la basilique pour l’adoration perpétuelle, quand l’église est fermée.

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Depuis 120 ans, jour et nuit la prière ne s’arrête jamais et chaque pèlerin reste une heure en veille. L’ambiance en pleine nuit de la basilique y est vraiment unique. La basilique, en forme de « meringue », est construite sur pilotis : des colonnes plongent à plusieurs mètres de profondeur, et soutiennent à la fois la construction et la colline. En effet, la butte est constituée de carrières souterraines de gypse qui, pendant des décennies, ont alimenté la construction des bâtiments de Paris, transformant le sous-sol de la butte en véritable gruyère… On dit qu’il y a plus de Montmartre dans Paris, que de Paris dans Montmartre ! La rue Blanche tire ainsi son nom des chariots de gypse qui, la descendant, répandaient ce matériau blanc de partout, en particulier sur les fenêtres des maisonnettes.

La facette suivante de Montmartre est celle artistique : écrivains, poètes, peintres, chansonniers y habitent. Entre 1870 et 1880, tous les principaux mouvements artistiques y naîtrons : Impressionnisme, Cubisme, ainsi que la peinture moderne, avec Renoir, Picasso, Van Gogh, etc. Les loyers étaient en effet alors tellement bas que tous les artistes pouvaient y vivre dans de petites maisonnettes tout en ayant leurs ateliers éparpillés dans la butte, y créant l’atmosphère particulière qui y règne encore aujourd’hui, qui exhale la bohème.

La troisième facette, bien moins connue, est celle de centre névralgique du marché des tissus : le Montmartre de la mode est celui des classes populaires, pas celui des grands couturiers. La place Saint Pierre est le cœur de ce marché.

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En 1965, Jacques Crespin fonde, dans ce quartier populaire, le « Palais de la Nouveauté » destiné aux classes populaires. Une dizaine d’années après, lui succèdera l’un de ses employés, Dufayel, qui voit les choses en grand. Il transformera le palais en l’un des plus grands magasin de Paris, plus grand que les Galeries Lafayette, le Printemps, le Bon Marché, et où l’on pourra acheter tout pour la maison, et même des vélos, puis des automobiles. Le grand magasin Dufayel s’étendait  sur un hectare, comptait 400 succursales et 15 000 employés. Une fois par mois, les employés, en uniforme, traversaient le tout Paris pour collecter les intérêts des crédits à la consommation, auprès de chaque famille débitrice. Dufayel sera l’un des premiers à proposer la vente à crédit à aux foyers de classes modestes qui, autrement, n’auraient jamais pu acheter. Il suffisait alors de fournir en comptant seulement 20% du coût total. Il fera faillite en 1930 à cause de la crise financière et de mauvais investissements. À l’intérieur du magasin, il y avait un parc de loisir, un théâtre magnifique, une cafétéria, un cinéma, et même une palmeraie! Quasiment une ville dans la ville, et le temple de la consommation populaire. Aujourd’hui, de ce magasin, ne subsiste que la façade. Le reste a été transformé en appartements et bureaux. L’établissement Dufayel attirera beaucoup de clients, et, en 1900, autour de la Halle, prolifèrent les vendeurs de tissu.

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Les pionniers de ce marché sont deux cousins, Edmond Dreyfus et Armand Moline, qui viennent chaque matin de Levallois Perret, d’où ils partent à 3h du matin avec leur charrette, pour vendre leurs tissus dans la rue. Initialement, ils n’ont pas de boutique, car ils n’ont pas l’argent pour se payer un stand dans la halle, ils vendent les tissus au mètre, et a des prix peu onéreux. Leur affaire connaît ensuite un vrai succès, ils peuvent se permettre à partir de 1879 de louer quelques loges de concierge et entrepôts, où ils entreposent leurs tissus. Le commerce fleurit et la place Saint Pierre devient le marché des plus beaux tissus les moins chers de Paris. Aujourd’hui, même la haute couture se fournit chez eux. C’est grâce à l’initiative Paris Face Cachée, que j’ai pu visiter quelques boutiques historiques qui appartiennent aux descendants de ces familles.

La mercerie « Mes folles de sœurs » et exploitée par des descendants de Moline. Le nom de l’établissement vient des trois filles du patron qui avaient des relations animées entre elles, chacune appelant l’autre « ma folle de sœur« … L’espace est étroit mais avec des articles à la fois beaux et très abordables : le patron achète à la tonne les surplus de la haute couture. Un peu plus loin se trouve le magasin « La Reine » qui appartient à la famille Bouchara depuis 1930.

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Le nom vient de la fille du patron. Installé dans un ancien garage à plusieurs étages, le magasin et la référence absolue du tissu à Paris, avec 2000 références de tissus. Sa particularité tient dans ses mannequins, des petites poupées pour lequel des stylistes de la maison créent des robes pour vendre les tissus.

 

Elles sont vraiment uniques, et datent des années 50. Parmi elles, se trouvent aussi des poupées avec des robes de mariées, réalisées par de grands couturiers.

 

En outre, les moules des poupées étant cassés, il est aujourd’hui impossible de les refaire. Un vrai must, vintage. Elles me rappellent des autres poupées de l’histoire de la mode : celles de l’époque de Marie-Antoinette, et celles du Petit Théâtre de la Mode de Lelong, à la sortie de la deuxième guerre mondiale.

 


La visite se termine avec la Maison Veil, où se visitent les bureaux et l’atelier de création, dans ce très beau bâtiment en face de Montmartre. La collection est très jolie, avec son côté Chanel. Nous sommes accueillis par le représentant de la cinquième génération de la famille Veil, fondé en 1890 par Albert et sa femme Anne qui nous racontent l’histoire fascinante de cette famille de la mode.

 

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