Musée Ferragamo à Florence

Avant tout, je vous souhaite à tous une bonne année 2019, pleine de fashion, toujours plus durable, et de nombreuses expositions de mode inoubliables! Cette année j’aurai un programme très riche : nous visiterons des expositions à Florence mais aussi a Londres, Paris, Milan, et sans doute New-York, parmi d’autres… enfin, par ailleurs, je donnerai plus d’espace à la mode et à l’achat durable.

J’ai commencé cette année avec un voyage fashion à Florence, la première semaine de janvier, dans ce berceau de la mode en Italie, où j’ai passé quatre jours fantastiques, entre plusieurs expositions : le musée Ferragamo, objet principal de mon premier article, suivi du musée Gucci, dans un deuxième article. Au passage, j’aurai visité aussi la plus ancienne parfumerie au monde : celle de Santa Maria Novella.

Cette ville est une pure merveille, la mode se respire partout, depuis les boutiques de la principale avenue, où toutes les enseignes de luxe de niveau mondial sont présentes, jusque dans les petites boutiques artisanales qui, hélas, sont de moins en moins nombreuses. Mais, malgré l’afflux de touristes, la magie est encore là, le shopping à Florence reste une experience inoubliable, très différente de celle de Rome ou de Milan… Ici tout respire l’histoire, et le tout accompagné par le plaisir d’une bonne côte de boeuf à la florentine, servie avec le sourire et de la gentillesse des toscans (mes ancêtres), qui vous font vous sentir vraiment  « a casa » — à la maison.

Note : 10/10
Points forts : le melange entre l’histoire de la société et l’histoire de la mode, la richesse des documents d’archives, la scénographie
À améliorer : la boutique du musée Ferragamo, qui se limite à quelques ouvrages proposés à la vente, au niveau de la billeterie…
Il n’y a pas de limite à la beauté, ni de degré de saturation de l’imagination créative, de même qu’est infinie la palette des matériaux qu’un chausseur peut utiliser pour décorer ces modèles.*
— Salvatore Ferragamo

C’est par train que j’arrive à Florence, à la station de Santa Maria Novella, en provenance de Rome, après un rapide trajet d’une heure quarante minutes.

Il est encore tôt, à peine dix heure, afin de pouvoir profiter pleinement de ces quatre jours, tellement sont nombreux les centres d’intérêts. Heureusement, à Florence, la taille de la ville en facilite la visite, tout étant concentré dans le centre historique, tout est donc accessible à pied. À peine arrivée, j’ai visité l’église dominicaine de Santa Maria Novella, et la maison de parfum attenante. En cette période de fêtes de fin d’année, l’ambiance de Florence y est particulière, il fait très froid mais la température est oubliée rapidement car la beauté des lieux nous réchauffe l’âme. J’ai déjà visité une bonne partie de notre globe, mais je dois dire que la Toscana est vraiment un paradis sur terre, non seulement Florence, mais aussi des villes comme San Gimignano ou Siena, possèdent à la fois une architecture et des paysages, qui nous font comprendre pourquoi la mode, la beauté y sont si importants.

Officina Profumo Farmaceutica di Santa Maria Novella

Mais commençons par l’Officina Profumo Farmaceutica di Santa Maria Novella, ce shop-musée, abrite dans son siège sis n° 16, via de la Scala, la plus ancienne pharmacie au monde, ouverte en 1612 au public, et attenante à un monastère fondée au XIIIème siècle par des moines dominicains, contenant de nombreuses et magnifiques fresques murales de la renaissance.

 

Les produits sont chers, mais de grande qualité, et beaucoup font encore référence aux recettes d’origine des moines (eaux de cologne, savon, dont celui à la grenade, ou au cigare toscan, liqueurs, bougies). Une référence dans le luxe qui voit parmi ses clients la famille royale anglaise et l’empereur du Japon et qui, dans le passé créa la premiere eau de cologne alcoolisée pour une reine de France, membre de la famille plus importante de Florence : Catherine de Médicis.

Une expérience shopping à vivre absolument car unique! (entrée libre). Avant ou après, la visite du monastère de S.M. Novella s’impose, à la fois très intéressante et riche, et offrant un enfilade de cloîtres à parcourir.

 

Musée Salvatore Ferragamo

À peine sortie de ce lieu enchanté,  je me dirige vers le musée de Salvatore Ferragamo  situé à une quinzaine de minute à pied, au terme d’une promenade dans la vieille ville, au milieu des boutiques des luxe et des artisans. Le musée se trouve dans le palais monumental Spini Feroni qui sert aussi de siège à la Maison Ferragamo, et héberge simultanément sa très grande boutique principale à Florence.

 

C’est le début de l’après midi, en milieu de semaine, et les lieux sont quasiment vides. Le thème de l’exposition est dédié à « l’Italie à Hollywood », et elle est vraiment très belle.

 

Pourquoi ce thème? Parce qu’il permet de retracer, à travers l’histoire de l’émigration italienne, celle du patron de la maison, Salvatore Ferragamo né en Italie, et qui émigra  très jeune aux État-Unis d’Amérique, où il deviendra le chausseur des stars de Hollywood. Cette exposition retrace ainsi l’histoire de l’émigration italienne depuis la fin des années 1800 jusqu’aux année 1930, quand Ferragamo retourna en Italie, et justement à Florence, pour fonder la maison qui aujourd’hui est l’un des fleurons du luxe italien.

L’idée de l’exposition naît du film Good morning Babylonia (1987), des frères Taviani, qui raconte l’histoire de l’émigration de deux frères artisans, sculpteurs, en Californie, ou ils travaillerons à la construction du pavillon italien de l’exposition de San Francisco, en 1915. Dans le pavillon italien furent recrées les places italiennes les plus célèbres, comme Piazza Campidoglio à Rome, mais aussi de Florence, Venise, Pérouse, etc.

 

L’accueil des américains à l’Italie pendant l’exposition fut triomphal, et ouvrit la porte au développement du « style méditerranéen » qui s’imposera dans l’architecture californienne, à la fois le paysage et le climat ressemblant tellement à celui d’Italie. Mais, ce film, c’est aussi l’histoire commune à celle d’un autre italien, Salvatore Ferragamo (1898-1960) qui, comme des millions de ses co-nationaux, arrivera aux USA en 1915, en Californie, où il restera jusqu’en 1927. L’exposition retrace entre autre l’histoire de sa vie, mais en filigrane, ou en clin d’oeil, comme celle d’un italien parmi d’autres, et cela m’a beaucoup plût. Dans les expositions sur les grands de la Mode, en général, on se sent souvent intimidé par l’histoire de l’artiste, mais, dans ce cas, ce qui est intéressant, est que Ferragamo est certes un artisan hors pair, mais c’est avant tout un homme comme nous, un émigré, qui a souffert, qui a dû quitter de sa patrie parce qu’elle le lui offrait pas d’avenir, un homme travailleur, courageux, talentueux, duquel on se sent très proche, comme si l’on voyageait dans l’histoire d’un parent lointain, avec beaucoup de respect pour lui et tous les autres italiens qui ont du partir, et qui ont fait l’histoire des États-Unis d’Amérique.

Avec l’histoire de celui qui se définit comme « Le chausseur des rêves », titre de sa auto-biographie (Il calzolaio dei sogni), que je vous recommande de lire, nous revivons cette aventure humaine hors de pair.

L’exposition se concentre sur le monde de l’art, du spectacle, de l’artisanat italien en Californie et en particulier à Hollywood, en nous expliquant quelle était la perception des émigrés sur la West Coast entre un jugement positif dû à la culture du bel paese, et les stéréotypes négatifs attribués à l’émigré italien. À travers une scénographie soignée qui fait référence aux studios américains de l’époque, en nous faisant déambuler dans un décor de backstage, de nombreux documents, objets, vêtements, photos, affiches, films, costumes, etc. arrivent à nous faire revivre cette époque d’or du cinema américain. L’exposition s’arrête dans le détail sur la contribution de 4 italiens, quatre émigrés qui arrivent à devenir des « divas » : Enrico Caruso, Rodolfo Valentino (dit Rudolph), Lina Cavalieri, « la plus belle femme du monde », et Tina Modotti. Ces quatre stars évoquent la passion, mais aussi le talent, la beauté, depuis la voix unique de Caruso à la sensualité de Modotti dans la danse de Salomé,  en passant par le charme unique de Rudolph Valentino et de la Cavalieri.

 

Mais à travers eux, c’est aussi l’histoire complète de la communauté italienne basée en Californie (dont Ferragamo faisait partie), que l’on revit. Communauté qui se dédiera entre autre à l’agriculture, en créant les premières grandes plantations viticoles, à la pêche,  au travail dans les mines de la Sierre Nevada, à la construction de chemin de fers, au commerce, à l’artisanat, aux médias avec la création de journaux – dont certains dédiés à la communauté italienne, à la finance avec la création de la Banque d’Italie, devenue depuis Banque d’Amérique, sans oublier leur contribution au monde musical, de l’opéra et des chants populaires de Caruso à l’influence sur le développement du jazz, et  jusqu’a Franck Sinatra.

 

Dans une salle dédiée, immersive, diverses musiques et images d’époques nous sont proposées. Des vidéos sont projetées, en noir et blanc, et nous montrent leurs visages et tenues, s’y mélangent des vidéos des cérémonies de mariages ou des fêtes paysannes qui recréaient les fêtes traditionnelles des villages en Italie. C’est très interessant et touchant, quel courage… l’espoir se lit dans leur yeux, ils ont abandonné la misère, une patrie qu’ils aimaient, y laissant leur famille,  mais ils sont là, en Amérique, et ils font bien partie du rêve américain.

Quelle tristesse de voir la « mejo gioventù« , la meilleure jeunesse d’alors – d’aujourd’hui! – obligée de partir pour pouvoir vivre une vie digne… mais cette histoire à un final différent, Ferragamo, une fois devenu riche et célèbre, décide de rentrer dans son pays, où il créera une maison et un empire du luxe qui, en 1927, produisait 350 paires des chaussures par jour et employait 750 artisans. Unes des salles de l’exposition est dédiée à ses créations americaines pour les stars d’Hollywood telles que Valentino, Mary Pickford, Gloria Swanson…Ferragamo n’est pas seulement le chausseur de rêves, mais sa vie même est un rêve.

Les photos de l’article parlerons d’elle mêmes, mais ces chaussures sont des oeuvres d’art, d’un style unique, d’une beauté absolue, d’une modernité incroyable. Il n’y a plus rien de comparable aujourd’hui, hélas…  le « calzolaio » était un vrai magicien. Capable de créer, d’innover avec la création de la zeppa en 1930 et de la chaussure invisible en 1947, faite avec le matériel en nylon de peche et pour lequel il gagna l’Oscar de la Mode. Une exposition vraiment unique, et magnifique.

 

Grazie mille pour cette expérience hors du commun!

Non vi è limite alla bellezza, né grado di saturazione per l’immaginazione creativa; così come infinita è la varietà dei materiali che un calzolaio può impiegare per decorare i suoi modelli — Salvatore Ferragamo

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